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Les chiffres à propos des violences

Les enquêtes ou les sondages à propos des violences faites aux femmes au travail sont rarissimes, ce qui est une information en soi. Les deux enquêtes les plus fréquemment citées par les intervenant-e-s sur ce thème sont un sondage Louis Harris datant de 1991 et l’enquête ENVEFF de 2000 .

Le sondage Louis Harris montre une première réalité des violences subies par les femmes :

- 48 % des femmes affirment qu’elles travaillent dans un climat général sexiste et déplaisant
- 63 % déclarent avoir fait l’objet de propos et de gestes douteux
- 60 % ont été victimes d’avances répétées malgré leur refus et 12 % d’avances sont assorties de chantage

Les résultats de l’enquête ENVEFF (2000) sont sujets à caution : c’est pourquoi nous préférons ne pas en citer les résultats. La méthodologie employée minimise la réalité des violences faites aux femmes au travail. Le premier grief repose sur le panel de l’enquête : femmes de 20 à 59 ans, questions portant sur les 12 derniers mois, où seules les femmes ayant un travail étaient interrogées. En outre, l’enquête a été réalisée par téléphone, sans savoir si la personne interrogée était seule. En outre, en voulant être exhaustif dans leurs questions, les auteurs de cette enquête ont crée des amalgames difficilement concevables. Marie-Victoire Louis relève ainsi que « les questions sur les violences - dont certaines sont répréhensibles pénalement - arrivent en fin de parcours après une batterie de près de 150 questions qui posent ces femmes comme potentiellement coupables ». Trop contentes de saisir l’opportunité d’une enquête qui minimise la réalité des violences, les institutions n’ont pas jugé utile d’encourager d’autres enquêtes. En « sous-reconnaissant » la réalité des violences, cette enquête aura finalement contribué à la faible prise de conscience du problème des violences sexistes et sexuelles faites aux femmes au travail.

L’absence de statistiques est toujours une réalité en 2008, hormis deux enquêtes de l’INSEE et de la DRTEFP, DDTEFP, et AMET

« Cadre de vie et sécurité » réalisée en 2008 par l’INSEE.

L’enquête indique que

- pour 2,2% de femmes -âgées de 18 à 59 ans- victimes de viol, celui-ci a été commis dans 4,7% des cas sur le lieu de travail ; En nombre de femmes victimes, cela correspond à 34 par jour.

- pour 40% des femmes qui ont souffert de caresses, baisers et autres gestes déplacées non désirés, ceux-ci ont été commis dans 25% des cas sur le lieu de travail ; cela correspond à 722 femmes par jour.

Enquête sur les salariées de Seine Saint Denis

Si aucune étude sur tout le territoire français n’a été commandée à des chercheurs-ses ou à un institut spécialisé ces dernières années, une enquête a tout de même été menée en 2007 à l’échelle d’un département : la Seine-Saint-Denis. Même si elle se borne à un territoire limité, elle est certainement la plus complète sur le thème des violences sexistes et sexuelles. Elle a été faites à l’initiative de la sous-commission « prévention du harcèlement sexuel au travail » de la Direction Départementale du Travail Emploi et Formation (DDTEFP) de Seine-Saint-Denis et de l’AMET (Association des médecins du travail). En Seine-Saint-Denis, 1774 femmes ont répondu à un questionnaire anonyme remis lors de la visite médicale, quelle qu’en soit la nature. Même si ce questionnaire souffre d’imperfections (il porte sur les violences subies dans les douze derniers mois, alors que les victimes qui ont subi des violences ont souvent démissionné et n’ont retrouvé un emploi qu’après une période de reconstruction supérieure à un an), les résultats montrent une réalité inquiétante :

- 45 % des femmes déclarent avoir entendu des blagues sexistes ou sexuelles, dont la moitié de façon répétée
- 19% ont subi des insultes ou des injures
- 14% déclarent être confrontées à la présence de pornographie sur leur lieu de travail
- 13 % ont subi des attitudes insistantes ou gênantes
- 9 % des avances sexuelles « agressives »
- 2% ont été coincées pour être embrassées
- 2,4% ont subi des attouchements à des endroits connotés sexuellement
- 0,6% ont été violées.

Et un chiffre hélas peu surprenant : 98% des victimes n’ont pas engagé de poursuites judiciaires.

Le guide de l’AVFT énonce les freins les plus fréquents (liés à de fausses représentations) : « C’est votre parole contre la sienne », « Il n’y a pas de preuves », « vous prenez des risques », « vous allez détruire la vie de votre agresseur », « c’est un problème privé », « on ne vous a pas violée »...

Pour conclure sur l’aspect statistique des violences, nous avons également à notre disposition les statistiques publiées par l’AVFT, à partir des femmes reçues en entretien dans leurs locaux, des témoignages qui permettent un éclairage qualitatif des violences subies par les femmes :

- 14 % sont victimes de viol,
- 56 % d’agressions sexuelles et de harcèlement sexuel,
- 20 % de harcèlement sexuel,
- 10 % de discriminations liées au sexe.

Pour le seul harcèlement sexuel, l’AVFT relève que ses manifestations se répartissent entre des manifestations non verbales pour 7,90 % (regards, exhibitionnisme, pornographie), des manifestations physiques pour 30,10 % (frôlements, attouchements, baisers, agressions physiques) et des manifestations verbales pour 62% (invitations, remarques, questions ou confidences sur la vie sexuelle de la victime ou de l’agresseur, propositions sexuelles, incitation à la prostitution).

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