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1992 : Nicole Notat est élue secrétaire générale de la CFDT

1992 est une année charnière pour l’organisation syndicale CFDT puisque Nicole Notat accède à la fonction de secrétaire générale à la place de Jean Kaspar. Nicole Notat est la première femme à diriger une confédération syndicale en France. Au-delà d’être une femme, elle est aussi l’ex- secrétaire nationale chargée de la question des femmes à la CFDT.

Entre 1992 et 1994, la question n’est pas traitée. Nicole Notat craint peut-être la caricature de la militante féministe et ne veut pas donner de signes dans ce sens.

De 1992 à 1996, c’est donc une période transitoire pour le dossier “harcèlement sexuel”, pour différentes raisons. Marguerite Bertrand a succédé à Nicole Notat comme secrétaire nationale en charge de ce dossier. Elles sont les deux seules femmes à la commission exécutive, qui comporte neuf membres. Et à l’instar de la politique, être une femme en responsabilité dans le syndicalisme est suspect par définition. Beaucoup leur reprochent en effet de n’être là que grâce aux quotas, ce qui en plus est le cas, comme le souligne Marie-Noëlle Thibault , ancienne élue à l’Union départementale CFDT de Paris :

“De cette façon, les organisations étaient très fortement incitées à présenter des femmes. Les deux femmes qui sont actuellement à la Commission exécutive de la CFDT sont entrées au BN par le système des quotas. Marguerite Bertrand pour la fédération des Services et Nicole Notat pour la Lorraine. On a beaucoup discuté des quotas, pour ou contre, de façon assez théorique. Certaines femmes disaient que c’était un compromis inacceptable. En fait, dans la pratique, ça a été efficace, parce que ça a permis à des femmes d’acquérir une expérience nationale qu’elles n’auraient jamais eue sans les quotas.”

On peut donc penser que Marguerite Bertrand a voulu “faire ses preuves” sur des dossiers un peu moins connotés “féministes”. En outre, 1992 est la première année de définition du harcèlement sexuel dans le code du travail. Il faut se laisser du temps pour voir comment la nouvelle loi va être appliquée et comment les équipes syndicales vont s’en saisir. Et de fait, les retombées de la loi ont été longues à apparaître : “C’est après le rassemblement Actuelles 95, le rassemblement Femmes de la CFDT, que les premiers dossiers ont commencé à nous parvenir” constate, dans un entretien donné en 1996 au journal CFDT, Catherine Battut du service juridique confédéral .

En marge de ce rassemblement Actuelles, la revue hebdomadaire de la CFDT “Syndicalisme Hebdo” avait consacré une double-page intitulée “Harcèlement sexuel : la prévention, une question de pratique syndicale” . L’article, cosigné par Béatrice Ouin, déléguée confédérale femmes, et Marc Génoyer du Service juridique de la confédération, se veut didactique en présentant les différents moyens d’action pour combattre le harcèlement sexuel. Dans son éditorial, Marguerite Bertrand écrit : “ La loi permet maintenant d’en poursuivre les auteurs, et il est important de connaître cette loi. Mais plus importante encore est la prévention (...)Les locaux syndicaux doivent être les premiers lieux d’accueil des victimes, aussi les délégués doivent-ils être bien informés sur ces questions”.

Il y a de toute évidence une prise de conscience qu’une juriste de l’AVFT, Juliette Boyer, résume parfaitement dans un entretien donné à CFDT Magazine de novembre 1996 : “Les délégués syndicaux ne se sentent pas toujours suffisamment concernés par ces questions. Même si avec la CFDT nous travaillons en concertation sur plusieurs dossiers, il y a encore trop peu de motivation à agir chez les représentants du personnel ou les élus au CHSCT, alors même qu’ils disposent d’un grand pouvoir”. A cette époque déjà, l’AVFT proposait aux partenaires sociaux des modules de formation. Nous ne disposons hélas pas de chiffres quantifiant le nombre de syndicalistes formé-e-s.

En 1997, toujours sous l’impulsion de Marguerite Bertrand, la CFDT s’appuie sur la Journée internationale des femmes du 8 mars pour mettre en valeur les actions menées par les unions régionales CFDT sur le thème des violences et du harcèlement sexuel . On découvre ainsi que des régions comme Midi-Pyrénées (dont la secrétaire générale est alors Annie Thomas, future membre de la commission exécutive confédérale), l’Alsace ou encore la Bretagne ont organisé des colloques sur le harcèlement sexuel, avec des tables rondes sur les pratiques syndicales ou encore l’intervention d’acteurs du Théatre Forum. On voit aussi la fédération “Santé-sociaux” organiser, dans les sections syndicales, des lieux d’accueil et d’écoute pour les victimes de violences. Toutes ces expériences montrent que plusieurs responsables politiques sont volontaristes pour lever les tabous des violences.

La même année, une grande campagne de communication est portée par la confédération avec notamment une brochure adressée aux militants syndicaux, un guide, des affiches pour les locaux syndicaux, un dépliant destinée aux salariées... Bref, tout le matériel nécessaire pour les sections syndicales. Une campagne « volontariste », dont Annie Thomas explique en 1998 l’objectif : « Si les mesures législatives adoptées en 1992 permettent aux femmes concernées de se faire entendre plus largement et d’engager des procédures judiciaires, l’action judiciaire n’est qu’un des outils de l’action syndicale. Nous avons aussi à développer une pratique de prévention et de négociation. Lever le tabou du non-dit sur le harcèlement sexuel au travail, faciliter et libérer l’expression des victimes, organiser une prise en charge syndicale efficace, sensibiliser et former les acteurs du monde du travail, développer des actions de prévention, tels sont aujourd’hui les objectifs de la CFDT » .

En 1998, le congrès de Lille de la CFDT confirme Nicole Notat comme secrétaire générale et la commission exécutive connaît des changements. Annie Thomas, très active sur le sujet lorsqu’elle était aux commandes de la région Midi-Pyrénées, fait son entrée et devient secrétaire nationale en charge du dossier Femmes.
Dans le même temps, la CFDT se montre concernée par les violences faites aux femmes hors cadre du travail ou dans le monde. Ainsi, les articles retrouvés dans les archives « presse » de la CFDT évoquent le soutien aux femmes algériennes (1995) , la demande de grâce de Véronique Akobé (1996) ,des droits des femmes en Afghanistan (1996) ou encore la situation des femmes en Tunisie (1998) .

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